Grève dans les banques et assurances : LA LIGNE DURE

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le premier jour du mouvement social a été largement suivi au détriment des usagers

Déclenchée hier à la surprise de plusieurs clients, la grève de 72 heures du Syndicat national des banques, assurances, établissements financiers et commerces du Mali (SYNABEF) semble mobiliser toutes les énergies. En premier chef, les responsables des banques. Ceux-ci se sont rencontrés hier matin au siège de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF). Quelques heures plus tard, dans l’après-midi et jusque dans la soirée, cette association a rencontré les grévistes. Il est sans nul doute loisible d’imaginer que les positions sont difficilement conciliables. L’un des protagonistes, la NSIA assurance, restait sur sa position. Et au moment où nous mettions sous presse, les grévistes étaient catégoriques : « Pas question d’observer le service minimum. La grève ira jusqu’à son terme si notre collègue n’est pas rappelé à son poste ».
Très tôt hier matin, entre 7 heures et 8 heures 30 mn, des usagers venus faire des opérations à la Bank of Africa (BOA) constataient, l’air étonné et le cœur serré, que les banques et assurances sont en grève. Un des nombreux vigiles, errant dans la cour de cette institution, répond : « Il n’y a personne. Le service minimum n’est même pas assuré. Seuls les guichets automatiques fonctionnent ». Un tour à travers la ville de Bamako confirme ces différents propos.
L’atmosphère était terne devant et à l’intérieur des agences principales des banques et sociétés d’assurances de Bamako que nous avons visitées. Les vigiles se tournaient les pouces. C’était quartier libre devant la BNDA, la BOA, ECOBANK, la BICIM et NSIA (sis à l’intérieur de la cours du CNPM). Point de longues files de véhicules et d’attente des clients. Les devantures et l’intérieur des banques sont presque vides. Quelques clients viennent faire des opérations au niveau des guichets automatiques. Là aussi, on ne se bouscule pas non plus.
Cette atmosphère prouve à suffisance que la grève est, jusque-là, bien suivie. Elle fait suite, faut-il le rappeler, au licenciement par la direction, du secrétaire général du comité syndical de la NSIA, Issiaka Traoré. Pour avoir protesté, selon les syndicalistes, contre la non-application de la réduction de l’Impôt sur le traitement et le salaire (ITS), en demandant à la direction, via courrier électronique adressé au directeur général adjoint, « d’avoir un peu de respect pour le personnel dont il défend les intérêts ». Enclenchées, les tentatives de règlement à l’amiable avaient échoué.
Suite à cet échec des négociations, le  SYNABEF et la FENPECAB ont déposé, le 07 août dernier, un préavis de grève. Ce préavis demande, entre autres, l’annulation de la décision de licenciement, l’application stricte de l’article L277 du Code du travail. Selon cet article, le licenciement pour motif personnel d’un délégué du personnel ou d’un délégué syndical est soumis à l’autorisation préalable de l’inspecteur du travail (articles L.263 et L.277 du Code du Travail).
L’enquête menée par ce dernier, selon le Guide d’usage des chefs d’entreprises et gestionnaires du personnel du CNPM, a pour but de vérifier que le licenciement n’a pas de lien avec les fonctions de représentation du salarié.
L’autorisation de licenciement ou le refus doit être, selon d’autres sources documentaires, notifié à l’employeur et au délégué concerné. Le défaut de réponse de l’inspecteur du Travail dans les 15 jours du dépôt de la demande vaut autorisation de licenciement. Tout licenciement intervenu en violation de la procédure devant l’Inspection du Travail est nul de plein droit et le délégué sera établi dans ses droits, notamment sa réintégration dans l’entreprise. Aussi, ils demandent la révocation sans délai du directeur général de la NSIA et de son adjoint pour « irrespect délibéré et flagrant des lois maliennes »…
L’inspection du travail a-t-elle autorisé ce licenciement ? Difficile de le savoir. Car, le directeur régional du Travail était absent hier au passage de notre équipe de reportage. Un des inspecteurs du travail a catégoriquement refusé de répondre à notre question. Nous nous sommes rabattus sur la NSIA. « Il n’y a personne pour vous répondre », informent les vigiles.
C’est faute d’avoir obtenu satisfaction à ces doléances dans le meilleur délai, que le syndicat fait observer une grève de 72 heures sur toute l’entendue du territoire national à partir du 22 août 2017 à 00heure jusqu’au 24 août 2017 à minuit », expliquait son secrétaire administratif, Hamadou Bah.
C’était lors d’une conférence de presse tenue le 09 août dernier.
Contacté depuis Sikasso où il participe à une formation entre les banques et les magistrats, le président de l’APBEF, Moussa Alassane Diallo, souligne qu’aucune « évaluation de l’impact de la grève n’est pour le moment effectuée ».
Espérons que les uns et les autres reviendront, plus vite que prévu, à la raison et feront les concessions nécessaires pour un dénouement heureux de cette crise qui paralyse l’activité économique et fragile notre pays aux yeux des investisseurs. A un moment où nous avons, plus que jamais, besoin des flux des capitaux pour booster notre économie et créer davantage d’emplois pour la jeunesse.
Cheick M. TRAORE

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