La consommation du bogoni (kaolin), véritable danger pour les femmes

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Appelé communément « bogoni » au Mali, « kalaba » au Bénin au Cameroun et au Togo, Alokpo en Côte d’Ivoire, ou Kew au Sénégal, il y a une sorte d’argile que l’on retrouve sur des roches sédimentaires, très prisée par de nombreuses femmes. Au fil du temps, le « bogoni » est devenu un produit commercialisé et les femmes de l’Afrique subsaharienne en raffolent. Et pourtant, sa consommation n’est pas sans danger. Attention !

Dans les différents marchés africains ou sur les étalages dans les quartiers, il n’est pas si rare de croiser les revendeuses du « bogoni » ou « kaolin » avec des qualités bien variées : rouge kaolin, fumé, et même salé. Chacun à son goût. Pour certaines femmes enceintes, le bogoni devient une forme de drogue qu’elles prennent tout au long de la grossesse, et à laquelle elles deviennent rapidement dépendantes. Pour une autre catégorie, la consommation est quotidienne et sert parfois de digestif après chaque repas.

Rokia Cissé, est une revendeuse au au grand marché de Bamako, parmi ses articles, figure en bonne place le « bogoni », étalé à l’air libre et exposé la poussière. « Je vends le « bogoni » depuis près de 10 ans. Moi je l’achète en sac de 100kg en Cote d’Ivoire et je viens le revendre ici à Bamako. J’achète le sac à 13.000 francs CFA en Côte d’Ivoire, mais à Bamako je le revends en gros à 20 milles et si c’est en détail, je peux aller jusqu’à 27 milles voir 30 milles. Je peux vendre six à sept sacs par semaine », nous confie Rokia.

La consommation d’argile encore appelée Bogoni, Kaolin ou Kalaba n’est pas sans risque pour les femmes.

Puisque Rokia s’approvisionne en Côte d’Ivoire, à la question de savoir comment se porte le marché ivoirien du « bogoni » dudit argile, elle répond : « Je peux dire que la cote d’Ivoire est le pays numéro 1 dans la consommation du Bogoni, car on en voit partout et c’est là-bas que beaucoup de gens vont s’en procurer, aussi les femmes exigent parfois la qualité venu de la Cote d’Ivoire, car elle trouve qu’elle a un goût différent des autres qualités ».

Kadidia Touré, est, elle, une détaillante : « je vends les petits morceaux à 25 et 50 francs CFA. Je peux vider le contenu de mon plateau en une journée. Les femmes défilent ici à longueur de journée pour en acheter. Je peux vendre jusqu’à 20.000 francs par jours », témoigne-t-elle.

« A ma première grossesse, mon bébé est venu au monde avec du Bogoni sur la peau, la sage-femme qui m’a accouché, très fâchée de voir cela m’a donné une gifle… »

Et pourtant, de l’avis du Docteur Félix Diakité, gynécologue, avec qui nous avons pu nous entretenir «  le  « bogoni » n’est pas un produit comestible, car c’est de l’argile très mal digéré par l’organisme, les conséquences sur la santé sont énormes à long et à court terme. Ces conséquences peuvent être souvent très dangereuses et parfois même irréversibles. De ce fait, celles qui en consomment régulièrement se détruisent un peu plus chaque jour sans s’en rendre compte ». Selon ce médecin « la consommation du « bogoni » provoque l’anémie, qui désigne un déficit en globules rouges dans le sang. L’anémie à son tour, provoque un manque de fer, une fatigue extrême, des vertiges importants, un pouls faible et rapide. Le patient se sent faible, et éprouve des difficultés respiratoires. L’anémie se manifeste aussi par la pâleur de la peau».

Hormis l’anémie, la consommation du bogoni, provoque des ballonnements du ventre, ainsi que la constipation. Et cette pâte est stockée quelque part dans l’organisme et peut à la longue provoquer des caillots de sang au niveau des reins. Et même temps, les trompes ne sont pas épargnées, car la consommation d’argile, peut boucher les trompes et ces femmes se retrouvent  avec une stérilité. Il arrive parfois que certain enfants viennent au monde enveloppés d’une pâte toute blanche sur le corps, et dans la bouche, ce qui explique que la mère consommait de l’argile durant sa grossesse, et l’enfant aussi d’une certaine manière. La consommation du « bogoni »  peut aussi provoquer un retard de croissance avec un faible poids chez le nouveau-né.

Le danger de la dépendance

« J’en mange depuis que je suis toute petite,  et j’ai aujourd’hui 35 ans, j’en volais à ma mère », avoue Fatoumata Kanté. Pourtant, elle n’est pas totalement ignorante des risques. « J’entends très souvent que c’est mauvais pour la santé, mais le faite est que, je ne peux plus m’en passer, c’est devenu comme une drogue pour moi », confesse-t-elle.

Awa Sangaré a fait son expérience : « à ma première grossesse, mon bébé est venu au monde avec du Bogoni sur la peau, la sage-femme qui m’a accouché, très fâchée de voir cela m’a donné une gifle, car elle m’a vu une fois croqué et elle m’a parlé des dangers que je cours en mangeant mais je n’ai pu arrêter », raconte-t-elle.

En général, les consommatrices que nous avons rencontrées, affirment qu’il est difficile d’arrêter la consommation, du jour au lendemain. Pour ces dernières, le goût et l’odeur du « bogoni » sont irrésistibles. Les femmes enceintes, elles, disent en consommer pour diminuer les nausées liées à la grossesse.  Seulement, ses conséquences peuvent être dramatiques.

Lucrèce Kanté 

lemalien.com

 

 

 

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