Tatouage : les conséquences d’un phénomène qui emballe les jeunes africains

0
230

Le tatouage est un dessin décoratif ou symbolique permanent. Il est réalisé en injectant de l’encre dans la peau. La tendance se popularise sur le continent africain. Mais quelles en sont les conséquences ?

Auparavant, le tatouage était effectué avec de l’encre de Chineou des encres à base de charbon ou de suif. De nos jours, il s’agit plus d’encres contenant des pigments industriels. Il existe différentes couleurs d’encre et même une encre transparente qui ne réagit qu’à la lumière noire. Le tatouage a connu une popularité depuis près d’une vingtaine d’années, principalement auprès des jeunes.

 Auparavant, le tatouage était rare. On ne le voyait que sur certaines personnes comme, des ex prisonniers, des voyous, des caïds, des rockers, des trafiquants, des membres de gangs dangereux et souvent sur des marins et soldats de certains corps d’élite comme signe de reconnaissance. De nos jours, cette pratique est beaucoup répandue parmi les jeunes. Elle est devenue, parfois un art, quelques fois un accessoire de mode et souvent un symbole érotique.

« Je me suis fait tatouer le string sur mes hanches, je trouve cela très sexy, car quand je porte mon pantalon taille base, je laisse voir le tatouage, et cela excite les hommes »

 

Vu que la pratique s’est répandue, sa perception au sein de la société a changé au fil du temps. Les plus tatoués sont, naturellement, les jeunes. La technique du tatouage consiste à injecter de l’encre sous la peau à l’aide d’aiguilles ou d’objets pointus. L’encre est déposée sous la peau entre le derme et l’épiderme. La profondeur de la piqûre varie de 1 à 4 mm en fonction des types de peau et des parties du corps. Il est réalisé avec une machine appelé le dermographe. C’est une machine à tatouer électrique avec des aiguilles à usage unique ou stérilisées avec des encres chimiques qui ne sont soumises à aucune réglementation particulière.

Monsieur Johnson est l’un des célèbres tatoueurs à Bamako. Il est d’origine ghanéenne. C’est depuis son atelier situé aux Halles Félix Houphouët Boigny de Bamako qu’il exerce son activité depuis huit ans. D’après lui, le métier rapporte beaucoup, ce qui lui a permis de se construire une maison à Bamako et d’épouser une femme malienne. Monsieur Johnson ne compte plus retourner vivre au Ghana. « Mes fidèles clients sont les jeunes et surtout les filles de nuit ». A la question d’avoir une idée des prix, monsieur Johnson nous dit que : « Tout le monde peut se faire tatouer. Le prix varie de 5 mille à 60 mille F CFA. Le prix dépend du dessin de sa taille et de la couleur des encres utilisés. Il y a de petits dessins qui peuvent se faire à 5 miles F CFA. De toute façon, mes clients et moi, tombons toujours d’accord sur le prix. Rire… ».

« la peau n’est pas  faite pour recevoir des corps étrangers. Le tatouage peut être considéré comme un petit geste médical avec une effraction de la barrière cutanée et rupture des petits vaisseaux de la peau »

Il existe plusieurs couleurs d’encre pour le tatouage: le violet, le vert, l’orange, le noire, le blanc et le fluo. Johnson nous explique que « pour procéder au tatouage, il faut au préalable dessiner sur un calque puis placer le motif sur le corps du client afin de suivre les lignes du motif et ne pas faire d’erreur sur le tatouage définitif, ou encore faire sur la peau du client le dessin de son choix avec un feutre, et une fois le client satisfait, on procède au tatouage ».

Nous avons rencontré des jeunes dans l’atelier de Johnson. Certains étaient déjà tatoués, d’autres attendaient leurs tours. A la question de savoir pourquoi ils se sont fait tatouer, Idrissa répond « moi mon idole c’est Lil Wayne, le célèbre rappeur américain, raison pour laquelle je veux me faire tatouer tout le corps tout comme lui ». Un autre du nom d’Amos, qui avait la croix de Jésus tatouée sur le bras ajoute « moi je me suis fais tatouer Jésus sur le bras, pour montrer à tout le monde que c’est en lui que je crois, même si je vis dans un pays à 95% musulman ». Une jeune fille, Kissa, qui avait des lettres tatouées sur son coup, nous fait comprendre que « ces deux lettres sont les initiales du nom et prénom de mon chéri, je l’ai fait pour lui prouver que c’est lui seul que j’aime ». Mohamed, qui avait sur son avant-bras un scorpion, nous a laissé comprendre que c’est juste pour le plaisir, « j’aime ça c’est tout ». Une fille nigériane que nous avons rencontrée, et qui est une « fille de nuit » bien connue, raconte : « Je me suis fait tatouer le string sur mes hanches, je trouve cela très sexy, car quand je porte mon pantalon taille base, je laisse voir le tatouage, et cela excite les hommes ».

« Après consultation et analyse, nous avons constaté que la peau était très endommagé en dessous, le bras était irrécupérable, nous avons du l’amputer pour sauver sa vie. C’était terrible et très triste »

 

Les risques d’infections et d’allergies

Tandis que monte la popularité des tatouages, monte également l’inquiétude sur les effets à long terme des produits qui sont injectés dans la peau. Pendant la séance de tatouage, les aiguilles percent la peau et induisent une brèche dans la barrière cutanée, qui est accompagnée d’un saignement. Cette petite plaie qui cicatrisera en quelques semaines peut être la porte d’entrée à des infections bactériennes très graves, des allergies graves, voir un cancer de peau.

D’après le Docteur Coulibaly, dermatologue du Centre Hospitalier et Universitaire Gabriel Touré de Bamako, le tatouage peut s’avérer très dangereux pour la peau : « la peau n’est pas  faite pour recevoir des corps étrangers. Le tatouage peut être considéré comme un petit geste médical avec une effraction de la barrière cutanée et rupture des petits vaisseaux de la peau. Par la suite, la présence des corps étrangers dans la peau s’accompagne d’une réaction inflammatoire permanente car la peau tente de se débarrasser petit à petit de ces colorants, qu’il considère comme des intrus », explique le docteur.

« Le violet intense, le fluo, le jaune et le blanc sont très difficiles à enlever. Les tatouages arc-en-ciel sont impossibles à enlever entièrement »

Il ajoute que « très souvent nous enregistrons ici des cas d’infections graves et allergies lié au tatouage. Ces réactions sont du au produit utilisé, la plupart de ces produit n’on aucune valeur médicale et sont fabriqués avec des composantes dont on ignore l’origine ». Le médecin affirme que « plusieurs des  cas d’infections qu’on enregistre prennent beaucoup de temps à guérir, car ignorant les composants des produits utilisés, on ne sait immédiatement quel traitement adéquat utilisé ». Et certains cas présentent des complications. « Nous avons enregistré l’année dernière un jeune homme de 25 ans qui s’était fait tatouer le bras. Son dessin était un scorpion. Il nous est arrivé la peau enflée, avec des plaies sur la surface, laissant couler un liquide jaunâtre. Après consultation et analyse, nous avons constaté que la peau était très endommagé en dessous, le bras était irrécupérable, nous avons du l’amputer pour sauver sa vie. C’était terrible et très triste », témoigne Dr Coulibaly. C’est pour cette raison que le médecin déconseille le tatouage « car nul ne connait réellement la composition des produits utilisés par les tatoueurs ».

L’autre aspect de la chose est que le tatouage peut être irréversible. Nous avons posé la question à Johnson de savoir s’il était possible d’enlever les tatouages après. Même s’il affirme que c’est possible, il avoue qu’il n’a pas encore les matériels nécessaires pour cela. Il reconnaît aussi que cette opération est très douloureuse et très chère. Pour le faire, ajoute-t-il, cela nécessite entre 3 et 10 séances, et chacune des séances peut couter en moyenne 150 Euros, soit près de 100 000 FCFA ; mais cela dépendrait aussi des couleurs utilisées, car toutes les couleurs ne peuvent être enlevées. « Le violet intense, le fluo, le jaune et le blanc sont très difficiles à enlever. Les tatouages arc-en-ciel sont impossibles à enlever entièrement » ajoute Johnson. Autant donc s’y prendre avec prudence.

Lucrèce Kanté

lemalien.com

 

 

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here