LES DONZOS: De la confrérie à la milice ?

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Les Donzos (chasseurs en langue bambara/dioula, la langue la plus parlée en Afrique de l’ouest) se retrouvent dans toutes les ethnies sédentaires du Mali. Confrérie bien organisée, elle est aujourd’hui accusée d’être un supplétif de l’armée malienne.

Les Dozons (chasseurs en langue bambara/dioula, la langue la plus parlée en Afrique de l’ouest) sont une confrérie de chasseurs, bien organisée, bien structurée. Les Dozons jouaient un rôle important dans la société, par la transmission continue de la morale, la défense de l’environnement, les soins par les plantes, la sécurisation des villages et des contrées par des patrouilles.

A la fois société sécrète stratifiée et confrérie, les Dozons font parler d’eux de plus en plus dans la sous-région à la suite des crises sécuritaires. C’était le cas en Côte-d’Ivoire et maintenant, le Mali vit la même situation.

« Avec la crise, l’armée a abandonné le centre, l’administration a fui. Nos villages, nos récoltes et nos greniers sont régulièrement pillés par des djihadistes, des bandits de toutes sortes. Nous n’avions d’autres choix que de mobiliser les Dozons », affirme Amadou Traoré d’un village dans le delta central du Niger, dans un entretien le 24 mai dernier au correspondant de Studio Tamani à Mopti.

Mais, l’association « Tabitaal pulaku », l’association des peuls du Mali, réfute cette version. Pour elle, « il s’agit juste de supplétifs de l’armée, armés pour commettre des exactions contre les peuls », lors de la rencontre de cohésion dans le delta central organisée à Bamako les 10 et 11 mai 2018 l’imam Haidara, guide des Ançar dine, le plus grand mouvement religieux musulman malien. En effet, au Mali, il se trouve que la majorité des djihadistes se recrutent parmi l’ethnie peul, ce qui a permis à certains de faire facilement un raccourci.

Les Peuls, ont toujours dénoncé des exactions à leur encontre de la part des Donzos. « Ce qui nous oppose est à plusieurs niveaux : il s’agit de conflits sédentaires nomades, pas de conflits ethniques, soutient Bakary Niangaly, de Pel, un village Dogon jusque-là épargné par les conflits. Il ne se passe pas une semaine sans que des troupeaux des peuls ne dévastent un champ. A cela, aujourd’hui, c’est ajouté la question du djihadisme. L’armée et l’administration nous ont abandonné. Que pouvions-nous faire d’autres si ce n’est faire recours aux Dozons ? », affirmait-il au micro de Studio Tamani, lors de la rencontre organisée par l’Imam Haidara.

A 80 km au sud-est de Bamako, Ouélessébougou, un village bambara. Là, des sources confirment déjà que les Dozons de la localité ont reçu des instructions des autres, et commencent à s’organiser alors que la zone est très loin des localités concernées par l’insécurité, « pour prévenir ».

Le Professeur Aly Nouhoum Diallo, Peul, ancien président de l’Assemblée nationale, soutient pour sa part que les Dozons sont des supplétifs de l’armée malienne, « équipés, formés et encadrés par l’armée malienne ». Lors d’un entretien qu’il a accordé à notre confrère de l’Indépendant, un quotidien privé au Mali, le professeur Diallo a défendu sa thèse.

Certes, dans tous les camps, on déplore la confusion faite entre peul et djihadiste, mais, tous les abus des Dozons, à ce jour, n’ont jamais été punis, ou fait l’objet de poursuite judiciaires. « Pour un procès, il aurait fallu une enquête. Pour cela, il faudrait une présence sur le terrain. Comment aller au centre du pays, alors de l’administration n’y est pas les forces de défense et de sécurité n’y sont pas ? », S’interroge un magistrat.

La question des Dozons n’est pour autant pas tranchée. Pour les Dozons et les ressortissants des villages de ses membres, il s’agit juste d’un moyen de défense, à travers un instrument culturel et original, les Dozons. Pour les autres, il s’agit d’une milice, des supplétifs de l’armée, agissant en dehors de tout cadre légal, et commettant des exactions sur des populations innocentes, sans conséquences, à ce jour.

Selon un gendarme de ouéllessébougou, pour empêcher les Donzons de devenir une milice, il faut que le gouvernement fasse occuper effectivement le terrain pour assurer la sécurité des populations, ensuite procédé au désarmement et à la sensibilisation, car selon lui, un fusil est une arme létale donc soumis à une autorisation de détention.

 

 

Lucrèce KANTÉ

Source :lemalien.com

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