Lourdes révélations dans la sphère politique du Mali: IBK, Amadou Aya Sanogo, le chérif de Nioro…, sont nommément cités

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Le 17 Août 2019, l’ex premier ministre malien, Soumeylou Boubeye MAÏGA a publié sur sa page Facebook «mouvementsbm2023»  un article très révélateur d’informations lourdes et  peu connues du Peuple souverain du Mali. L’article en question dit ce qui suit : « L’antipathie entre M’Bouillé Haïdara et le président IBK a atteint son paroxysme lorsqu’au cordon douanier  à la frontière Mauritanie-Mali, le chef de poste du bureau des douanes a saisi un camion-remorque chargé de marchandises appartenant au vénéré Cheikh M’Bouillé

L’agent de Douane a exigé le dédouanement des produits et la fouille minutieuse des marchandises. Conformément à la règlementation.

Face à cette situation, le chauffeur du camion oppose un refus net et soutient que le Chérif et sa famille sont exonérés de paiement de frais de douane et de taxes depuis belle lurette. Du coup, le douanier demanda un papier au chauffeur pour prouver ses allégations. Rien n’est fait. Alors il décide de conduire ledit camion au bureau régional des douanes de Kayes pour confier l’affaire à son chef hiérarchique. Ce denier ayant eu peur a tergiversé sur le dossier et ordonna le retour immédiat de la cargaison et sa remise au Chérif. Trop tard. Le mal est déjà fait. Le Chérif est informé de la situation et est entré dans une colère noire.

 

A en croire nos sources, il a décidé de fermer tous ses magasins dans la ville pour prouver que ce sont ses produits vendus moins chers qui permettent la stabilité des prix à Nioro du Sahel. Selon les mêmes sources, le presque-monopole du marché Niorois, a abouti à la résignation des populations à aller vers les magasins du Check.

Ainsi, le sucre qui était cédé à 400F Cfa de kilo à Nioro du Sahel, serait vendu aujourd’hui à 600 et 700 francs.

Pour aller soutenir le Chérif dans sa tristesse, Soumaïla Cissé et son allié politique de la 25 ème heure, Chogel Kokala Maïga, se sont rendus à Nioro. A ce niveau, la récupération politique est en marche et les commentaires vont bon train.

La guerre par procuration des Cheick

Propulsé au-devant de la scène par la crise de 2012, le Chérif de Nioro s’est glissé sur un terrain jugé mal propre au Mali : la politique. En retournant sa veste entre 2013 en faveur d’IBK et en 2018 pour Aliou Boubacar Diallo puis Soumaïla Cissé, le religieux s’est grillé. Une occasion rêvée pour la seconde famille maraboutique de Nioro : celle des Tall.

A Nioro du Sahel, M’Bouillé Haïdara est dans son royaume et règne en maître. Dans cette ville, située à proximité de la frontière du Mali avec la Mauritanie, le chef de la confrérie hamalliste est un saint. Mais aussi et surtout, un puissant homme d’affaire. Avec sa famille, le Cheik détient le monopole d’importation de certains produits dont le gasoil.

Jusque-là, agissant dans l’ombre, en 2012, le Cheick de Nioro s’est affiché sur la scène politique après le coup d’Etat contre l’ancien préside Amadou Toumani Touré. D’abord, il bénit l’ex-junte de Kati, avant d’appeler à voter pour le candidat du RPM, Ibrahim Boubacar Keïta. Mais, l’aventure fait long feu. Très vite, M’Bouillé se brouille avec le nouveau locataire de Koulouba. En cause : plusieurs de ses protégés en poste dans la haute sphère de l’Etat ou de l’administration sont mis au placard.

Au nombre desquels : l’ancien DG du Trésor, Boubacar Ben Bouillé ; l’ex puissant PDG de la BDM (Banque de Développement du Mali), Abdoulaye Daffé. Mais aussi, Aliou Boubacar Diallo, PDG de la société minière Wassoul’Or. Ce protégé du Chérif, homme d’affaires avait  financièrement soutenu le candidat favori IBK, dans l’espoir de pouvoir stabiliser sa société en souffrance. Echec ! Il a attendu le retour de l’ascenseur en vain.

Au lieu d’aider Aliou Diallo à se relever, certaines sources rapportent que « Karim Keita lui aurait proposé de racheter sa part d’actions». L’homme d’affaire rejette l’offre. Alors, allié du pouvoir, l’ADP-Mali, parti d’Aliou Boubacar Diallo, quitte la majorité présidentielle en débauchant  des députés du RPM. La suite est connue : M’Bouillé et Diallo font commun contre le président sortant à l’élection présidentielle de 2018. De son côté, IBK s’est approché de la seconde famille maraboutique de Nioro du Sahel : celle des Tall. Ici, les deux familles, Tall et Haïdara  se disputent puissance et richesse, clé de l’influence. Et durant toute la période de la campagne présidentielle, elles ont mené une bataille acharnée par procuration en faveur de leurs candidats opposés.

Après la défaite du candidat de l’ADP-Mali, Aliou Boubacar Diallo puis de Soumaïla Cissé, le Chérif ne manque d’occasion pour critiquer le régime. Et la victoire d’IBK à la présidentielle sonne désormais pour lui comme une humiliation.

S’il ne l’a jamais répondu ouvertement, IBK a indirectement lancé des flèches au Chérif. Et cela, en saluant le lendemain de la proclamation des résultats du second tour, un autre Chérif et un Cardinal qui se sont gardés de donner des consignes de vote. « Je salue le Chérif Ousmane Madani Haïdara et le Cardinal Jean Zerbo pour leur patriotisme », avait-il lancé.

C’est dire désormais que le torchon brûle entre le Chérif de Nioro le régime IBK. Et M’Bouillé ne jure que par sanctionner l’Etat du Mali pour ce qu’il appelle un manque de respect du régime à son égard.

En attendant, c’est à la guerre comme à la guerre, entre la famille de M’Bouillé et le régime IBK.

Les raisons d’un divorce

Contraint de lâcher le pouvoir, Amadou Haya Sanogo, alors capitaine et maître de Kati, cherche un candidat présidentiel susceptible de restaurer l’Etat, de redonner de confiance à l’armée et de ne pas chercher des poux dans la tête des putschistes. Le choix tombe sur IBK. L’une des premières personnalités auxquelles Sanogo présente IBK s’appelle M’Bouillé, le Chérif de Nioro. Vieil ami du Général Moussa Traoré, M’Bouillé est de ceux qui ont vivement approuvé le putsch du 22 mars. Très écouté des milliers de membres de sa confrérie, il l’est aussi du Haut conseil islamique présidé par un de ses proches, l’imam Mahmoud Dicko. Il dit donc à IBK : « Je soutiens Sanogo et comme Sanogo te soutient, je te soutiens aussi. ». Entente conclue. M’Bouillé entame aussitôt la mobilisation des musulmans en faveur d’IBK. Il met en branle l’association islamique « Sabati 2012 » dont Mahmoud Dicko avait, quelques mois auparavant, dit, lors d’un meeting, qu’il pouvait parler au nom du Haut conseil islamique. Un semblant de compétition se tient entre une dizaine de candidats théoriquement acquis aux valeurs de l’Islam et qui ont accepté de se soumettre aux auditions de « Sabati 2012 ». A chacun d’eux, « Sabati 2012 » soumet une liste de doléances : octroi de subventions publiques aux associations et écoles religieuses; interdiction de toute forme de publicité sur le tabac et l’alcool; maintien d’un ministère de culte dans le Gouvernement; promotion de banques islamiques, etc. « Sabati 2012 », au final, jette son dévolu sur IBK, au détriment de prétendants comme Mountaga Tall (CNID), Cheick Modibo Diarra (RPDM), Choguel Maïga (MPR) et Moussa Mara (parti « YELEMA »). Le choix est officiellement proclamé à Nioro, le 19 juillet 2013, par M’Bouillé lui-même. « M’Bouillé a parlé. Les musulmans du Mali sont appelés à voter, le 28 juillet 2013, pour El-Hadj Ibrahim Boubacar Keïta afin de le faire élire dès le premier tour ! », Exulte Moussa Boubacar Bah, président de « Sabati 2012 » et fils spirituel du Chérif de Nioro. M’Bouillé, dans la foulée, débloque 100 millions de FCFA pour la campagne d’IBK. Certes, IBK ne doit pas sa large victoire au Chérif ni à « Sabati 2012 » mais leur implication à ses côtés lui inspire des sentiments de gratitude. Aussi, avant même son investiture à la présidence, il se rend à Nioro pour rendre hommage à M’Bouillé.

La tension monte entre M’Bouillé et IBK dès la nomination du premier gouvernement.  Un Directeur de banque proposé par M’Bouillé perd la primature au profit d’Oumar Tatam Ly et des proches des anciens présidents ATT et Alpha O. Konaré entrent au gouvernement. M’Bouillé n’apprécie guère et le fait savoir. D’autres faits viennent attiser sa colère :

*Le 27 novembre 2013, son ami nouvellement promu général, Amadou Haya Sanogo, est arrêté. Le chef religieux s’estime trahi par le nouveau chef de l’Etat.

*Contrairement à ses attentes, M’Bouillé n’est plus consulté par Koulouba sur les affaires publiques.

*A l’approche des législatives 2014, il demande au RPM de faire liste commune avec des candidats qui lui sont proches et qui avaient soutenu IBK pendant la présidentielle. Certaines sections de RPM (Ségou, communes 5, 3 et 2 de Bamako, Kayes, Koutiala et de Nioro) acceptent les sollicitations du Chérif. Dans d’autres localités, les leaders du RPM les refusent (Sikasso, Yorosso, Nara, Kita, Kolokani, Niono). Dépité, M’Bouillé décide de soutenir lui-même les candidats rejetés par RPM mais qui, présentés en indépendants ou sur d’autres listes de partis, seront battus. Les candidats de M’Bouillé, généralement portés par la liste de ADP-MALIBA, gagnent à Nara et Niono avant de se voir recaler par la Cour constitutionnelle. M’Bouillé étale sa colère sur la place publique. Lundi 20 janvier 2014, il reçoit  du beau monde à Nioro, à commencer par le ministre de Culte, Thierno Diallo.

Lors d’un sermon très attendu, il se demande, tout haut, comment IBK  a pu laisser les juges de la Cour constitutionnelle annuler à leur guise les suffrages des Maliens et proclamer des résultats qui, selon lui, « ne reflètent pas la vérité des urnes ». Et il conclut : « Nous n’avons pas eu droit au changement que nous attendions. Rien n’a changé depuis l’élection présidentielle. Au contraire, les ténors de l’ancien ordre restent en place ou refont surface alors que les partisans du changement sont jetés en prison ou exclus des affaires publiques ! ». L’allusion au cas Sanogo saute, ici, aux yeux. Le comprenant, les ministres et personnalités présentes se font tout petits dans la foule. L’ORTM, en retransmettant la cérémonie, charcute le discours du Chérif de Nioro. « Nous nous sommes battus pour que ce qui nous est arrivé en 2012 ne se produise plus. Or, la menace revient », s’indigne le chef religieux.

Il s’insurge contre le fait que tous les Arrêts de la Cour aient été en faveur du RPM : « Ce n’est pas parce qu’un parti est au pouvoir qu’il doit bénéficier de toutes les faveurs su détriment des autres Maliens. Si le RPM n’arrête pas d’être injuste envers les Maliens, je le combattrai plus fermement que je n’ai combattu l’ancien régime ! Je n’ai pas combattu ATT par simple détestation mais parce qu’il se montrait injuste envers le peuple ! ». M’Bouillé demande à IBK des sanctions contre les juges de la Cour. Il ajoute d’un ton de défi : « Le RPM doit se rendre compte que c’est le peuple qui a offert à IBK le pouvoir et non le RPM, même si, en retour, IBK a donné le pouvoir au RPM.».

*Le vendredi 17 janvier 2014 au soir, Mecheoud Haïdara, un des fils du Chérif, est tabassé par des gendarmes au poste de péage de Diéma et malgré les protestations du Chérif, aucun gendarme n’est sanctionné. Or, Mecheoud n’est autre que le chef de l’Association « Tidianiya Hamawiya » du Mali. Il avait dirigé une campagne présidentielle à Sikasso et à Nara en faveur d’IBK. Son agression passe aux yeux du Chérif pour une humiliation personnelle.

*Pour ne rien arranger, la nomination de Soumeylou Boubeye Maiga à la primature en Décembre 2017 est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ce dernier exigea le dédouanement de toutes les marchandises importées du Chérif et la relance de la libre concurrence à Nioro. Il en a payé le prix fort car contraint de remettre sa démission le 23 Avril 2018.

En Août 2019, l’homme qui avait juré de faire tomber IBK semble être de nouveau en de bons termes avec ce dernier. Le Chérif est-il coupable de parjure ? Attendons 2023… ».

Aucune réaction des personnalités nommément citées dans ledit article ne nous ait parvenu pour le moment. Affaire à suivre… .

Aly Ousmane SARRE

Lemalien.com

 

 

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